Zoé, toujours la tête en l’air

Zoé tête en l'air

Elle a la tête en l’air, toujours la tête en l’air, du matin au soir dans la Lune.
Et pourtant la nuit, elle ne rêve pas.
Elle dort dans un sommeil aussi profond qu’un trou noir de l’espace, qui avale tout ce qui s’en approche de trop près. Le soir, quand elle ferme ses paupières, elle plonge aussitôt dans un tourbillon d’étincelles et s’enfonce dans un couloir droit vers le centre de la Terre, de plus en plus étroit, de plus en plus sombre. Et plus rien. Un millième de seconde plus tard, elle ouvre ses paupières et c’est le début d’une nouvelle journée. Pas une seule image de sa nuit. Ni songe ni cauchemar : le vide sidéral.

Alors, dès qu’elle le peut, elle fixe ses yeux sur le ciel et observe les nuages, l’azur, la pluie, le vol des feuilles dans le vent, la course des oiseaux, le sillage des avions, les éclairs des orages. La tête en l’air, au delà des apparences, elle y voit des enfants qui jouent à cache-cache entre les cumulus, leurs parents qui les cherchent en se tenant la main, une jeune fille qui pleure sa poupée perdue dans un ouragan, un chaton qui chasse avec beaucoup de maladresse des oies qui migrent vers le Canada.

La tête en l’air, elle cherche la lune, sa lune, sur laquelle elle dépose chaque soir son lot de rêves et de souvenirs créés dans la journée, avant d’aller se coucher, pour plonger à nouveau dans ce néant si court que parfois elle doute de son existence même.

À trop y réfléchir, tous ses amis la taquinent en chantonnant : Zoé, tu as encore la tête en l’air, Zoé tu es toujours dans la Lune… tous ses amis, sauf un : Alvelino, qui la comprend et lui trouve une étrange beauté quand elle s’échappe dans ses pensées.

Le plus beau cadeau que la vie pourrait faire à Zoé serait qu’une nuit, elle se retrouve avec Alvelino, tous les deux funambules sur un fil tendu entre deux rêves ; ils iraient alors ensemble s’abriter dans un coin de la Lune, de leur Lune. Et au matin suivant, elle parviendrait à se remémorer cet instant qui deviendrait ainsi son plus grand secret, sa plus belle espérance.

© jean-marin wibaux