Alvelino Faia de Meauterfeuil

Le doux rêveur

Alvelino regarde le sol et le voit s’éloigner ; ses pieds s’en séparent lentement, ils marchent dans le vide. Son envol commence maladroitement ; écarter les bras, trouver son équilibre, se pencher pour tourner, avancer, reculer sans même s’en rendre compte un premier temps.

Doucement, Alvelino commence à s’élever vers le ciel avec un plaisir qu’il ne soupçonnait pas possible. Sa route est alors coupée par la droite trajectoire d’un groupe d’oies bernaches, dont il voit disparaître les culs blancs dans le même blanc des nuages. Plus tard, il accompagna le vol beaucoup plus apaisé d’un héron, à peine surpris de voir un petit garçon se joindre à sa danse aérienne.

C’est au détour de la cime d’un baobab qu’Alvelino se senti comme happé par le sol, sombrant en quelques secondes dans une chute vertigineuse qui le fit plonger dans son lit, dans un réveil mêlé d’émerveillement et d’effroi.

Toutes les nuits, Alvelino Faia de Meauterfeuil fait de pareils rêves, et tous les jours, il cherche à les comprendre, en trouver le sens caché, la signification cryptée. Cela fait de lui un enfant à part, attisant les sarcasmes de ses congénères les plus agressifs, et la reconnaissance de Zoé, Pia et Pipo, ses meilleurs amis, qui lui donnèrent le surnom d’Alvelino le doux rêveur.

Plus tard, l’enfant voudra devenir conteur ou chanteur, dans la rue ou sur les marchés ; à l’air libre…

Joshua de Meauterfeuil et Soriai Faia

De la naissance surprise de Joshua

8 ans après la naissance de Alexandre-Benjamin, Marie-Épiphanie tomba à nouveau enceinte, à la surprise générale dont la sienne toute particulière.
Gonzague-Olivier ne se montra pas trop enchanté par cette nouvelle grossesse, mais ses principes religieux l’ont invité à recevoir l’information comme une aubaine du destin.

Son épouse, fatiguée par la monotonie de sa vie quotidienne et conjugale, profita de l’événement pour s’ouvrir au monde et lâcher prise. Elle se concentra sur elle, laissant aux gouvernantes l’encadrement des aînés. Ainsi naquit Joshua, prénom voulant dire « Sauveur » en hébreux. Gonzague-Olivier n’eut pas son mot à dire quant à ce choix.

Le garçon fut en ce sens éduqué de manière bien plus libre que ses prédécesseurs. Il échappa rapidement au sport comme au scoutisme. Touchée par la grande sensibilité qui émanait de son cadet, sa mère l’inscrit dans des activités essentiellement artistiques.

Ce changement de cap éducatif profita aussi à Annie-Christophine, qui se rapprocha de la famille pour s’occuper de son frère cadet ; ce dernier l’accompagna à la guitare lors de plusieurs de ses concerts estivaux.

Puis vint un soir de mai où Joshua rencontra Soriai dans les rues en fête après l’annonce de l’élection d’un président de gauche. Ils partirent quelques semaines plus tard à Lisbonne pour rencontrer la famille de la demoiselle, et emménagèrent ensemble en Bretagne.

Le 7 mai 1983, Soriai mit au monde Avelino, et Joshua écrivit une chanson sur son fils qui fut le premier grand succès de sa sœur Anykiswing.

Le Père Edgard pianiste défroqué

Maître du café concert du Goéland Aphone

Aumônier de la Chapelle de Notre-Dame d’Espérance, le père Edgard a été un père à bien des égards : prêtre à l’église, animateur à sa chorale, confesseur des familles les plus pratiquantes ; les mauvaises langues vous diront que le père Edgard fut aussi le géniteur de plusieurs rejetons inattendus dans le quartier.

S’il faut bien se méfier des rumeurs, celle de son intimité croissante avec des mères de famille quelque peu délaissées par des maris trop occupés par la bourse et d’autres affaires, aura fini par lui attirer les foudres de l’archevêché et l’attention outragée des journaux conservateurs locaux.

Ainsi le prêtre Edgard fut-il défroqué une veille de Noël, dans un contexte d’excès de nativité.

Ce qui sembla libérer en lui une puissance innovatrice insoupçonnée : il créa avant même la galette des rois le bar café concert du Goéland Aphone, en y embauchant (débauchant, selon leurs parents) des jeunes qu’il suivait en catéchisme, à la messe et lors des saintes sorties dominicales.

C’est dans cette démarche qu’il permit en particulier à une Annie-Christophine de Meauterfeuil de se métamorphoser en Anykiswing, chanteuse de jazz émérite, qu’il accompagne tous les soirs au piano ; de manière très très très paternelle dirons encore d’autres langues de vipère…

Annie-Christophine de Meauterfeuil

l’envol par le swing

Annie-Christophine de Meauterfeuil n’a pas suivi la destinée toute tracée ne serait-ce que par sa participation active à la chorale de la Chapelle de Notre-Dame d’Espérance…

Crise d’adolescence et crise de foi obligent, la jeune femme a quitté la chrysalide familiale dès son premier jour de majorité pour se métamorphoser sur scène sous le nom de Anykiswing, en représentation tous les soirs au Bar du Goéland Aphone à Plurien en Côtes d’Armor, accompagnée au piano par le Père Edgard, moine défroqué et maître de ce café concert qui ne sert que de la sardine en boîte et de la vodka ; exceptionnellement maquereaux et chouchen les week-ends et jours fériés.

Marie-Épiphanie et Gonzague-Olivier de Meauterfeuil, parents d’Anykiswing, sont allés la voir une fois ; ils ne s’en sont jamais remis.

Comment leur fille unique, toute éduquée comme il faut, a-t-elle pu passer ainsi le Rubicon ?

Les voix du seigneur sont décidément bien impénétrables…

Marie-Épiphanie et Gonzague-Olivier de Meauterfeuil

De l’histoire de Gonzague-Olivier de Meauterfeuil

Gonzague-Olivier de Meauterfeuil est l’aîné d’une noble fratrie de six filles après lui. Son père Marc-André-Philippin a été diplomate en Afrique et au Canada, fidèlement secondé par son épouse Louise-Océphale, née de La Pastelline.

Ils moururent tous les deux dans un accident d’avion, laissant à Gonzague-Olivier la lourde responsabilité de poursuivre l’éducation de toutes ses sœurs. Il y parvint, en cela épaulé par Etiennette Rivessauves, l’ultime gouvernante du château de Meauterfeuil.

Cette dernière lui fit rencontrer lors d’une veillée de Noël une jeune femme timide et bienséante, de bonne lignée et qui plus est, Marie-Épiphanie de Rosière de Tabarnacalice, qui tomba comme de bien entendu sous le charme de Gonzague-Olivier de Meauterfeuil…

Ils furent unis pour le pire et le meilleur, se soldant pour le moment par beaucoup de routine consciencieuse et la naissance d’une fille et deux garçons : Annie-Christophine, Alexandre-Benjamin et Joshua, qui vous seront présentés un peu plus tard…