Une araignée au plafond

Confusions arachnoïdiennes

J’aurais aimé être une araignée de mer, côtoyer les tourteaux, les poulpes et les homards, voir nager les coquilles Saint-Jacques, coiffer les anémones et me pelotonner dans un lit d’algues ondulantes.

Au lieu de ça, j’ai des poutres comme rochers, un œil-de-bœuf comme hublot, un grenier comme crique, des chauves-souris comme hippocampes et pour principale activité une toile à tisser comme on lit un missel…

À travers ma lucarne, je cherche dans la voûte céleste l’étoile de mer qui saura me guider jusqu’à la crèche abyssale où vient de naître, dit-on, un bigorneau salvateur.

A ce stade, la faucheuse, ma voisine, me dit qu’il faut que j’aille vraiment consulter !

Mais, mécréante, a-t-elle elle-même toute sa raison ?

Alvelino Faia de Meauterfeuil

Le doux rêveur

Alvelino regarde le sol et le voit s’éloigner ; ses pieds s’en séparent lentement, ils marchent dans le vide. Son envol commence maladroitement ; écarter les bras, trouver son équilibre, se pencher pour tourner, avancer, reculer sans même s’en rendre compte un premier temps.

Doucement, Alvelino commence à s’élever vers le ciel avec un plaisir qu’il ne soupçonnait pas possible. Sa route est alors coupée par la droite trajectoire d’un groupe d’oies bernaches, dont il voit disparaître les culs blancs dans le même blanc des nuages. Plus tard, il accompagna le vol beaucoup plus apaisé d’un héron, à peine surpris de voir un petit garçon se joindre à sa danse aérienne.

C’est au détour de la cime d’un baobab qu’Alvelino se senti comme happé par le sol, sombrant en quelques secondes dans une chute vertigineuse qui le fit plonger dans son lit, dans un réveil mêlé d’émerveillement et d’effroi.

Toutes les nuits, Alvelino Faia de Meauterfeuil fait de pareils rêves, et tous les jours, il cherche à les comprendre, en trouver le sens caché, la signification cryptée. Cela fait de lui un enfant à part, attisant les sarcasmes de ses congénères les plus agressifs, et la reconnaissance de Zoé, Pia et Pipo, ses meilleurs amis, qui lui donnèrent le surnom d’Alvelino le doux rêveur.

Plus tard, l’enfant voudra devenir conteur ou chanteur, dans la rue ou sur les marchés ; à l’air libre…

Joshua de Meauterfeuil et Soriai Faia

De la naissance surprise de Joshua

8 ans après la naissance de Alexandre-Benjamin, Marie-Épiphanie tomba à nouveau enceinte, à la surprise générale dont la sienne toute particulière.
Gonzague-Olivier ne se montra pas trop enchanté par cette nouvelle grossesse, mais ses principes religieux l’ont invité à recevoir l’information comme une aubaine du destin.

Son épouse, fatiguée par la monotonie de sa vie quotidienne et conjugale, profita de l’événement pour s’ouvrir au monde et lâcher prise. Elle se concentra sur elle, laissant aux gouvernantes l’encadrement des aînés. Ainsi naquit Joshua, prénom voulant dire « Sauveur » en hébreux. Gonzague-Olivier n’eut pas son mot à dire quant à ce choix.

Le garçon fut en ce sens éduqué de manière bien plus libre que ses prédécesseurs. Il échappa rapidement au sport comme au scoutisme. Touchée par la grande sensibilité qui émanait de son cadet, sa mère l’inscrit dans des activités essentiellement artistiques.

Ce changement de cap éducatif profita aussi à Annie-Christophine, qui se rapprocha de la famille pour s’occuper de son frère cadet ; ce dernier l’accompagna à la guitare lors de plusieurs de ses concerts estivaux.

Puis vint un soir de mai où Joshua rencontra Soriai dans les rues en fête après l’annonce de l’élection d’un président de gauche. Ils partirent quelques semaines plus tard à Lisbonne pour rencontrer la famille de la demoiselle, et emménagèrent ensemble en Bretagne.

Le 7 mai 1983, Soriai mit au monde Avelino, et Joshua écrivit une chanson sur son fils qui fut le premier grand succès de sa sœur Anykiswing.

Hypnotica, Déesse du sommeil, de la nuit et des insomnies

Oyez, oyez ! Humbles pécheurs et croyez en Hypnotica, Déesse du sommeil des gardiens de phare, veilleurs de nuit, vendeurs de somnifère et fabricants de boules Quies

Elle est souffle et flamme, maîtresse de vos rêves et cauchemars, braise et banquise.

Hypnotica joue de l’apaisement comme de l’excitation, comme un dentiste fait siffler sa fraise ou l’enseignant d’antan faisait crisser sa craie sur le tableau de notre ignorance. S’alliant avec Hortensielle, déesse de la nature et Fétibohoupa, déesse de la météo, elles s’amusent parfois toutes les trois à teinter nos nuits de bruissements angoissants, ou de voluptueuses effluves de lune de miel aux volutes lumineuses caressantes et enivrantes.

La déesse de vos insomnies

Vous en êtes au combientième mouton ? Et pourquoi veulent-ils toujours sauter la barrière, ces infatigables bovidés ? Chuuuuut, caaaalmez-vous, dessssstresssssez… sentez le monde qui vous entoure et recourez sans courir à la douceur de la Déesse Hypnotica. Ronflements garantis seront au rendez-vous.

En quelles occasions solliciter les pouvoirs de la déesse du sommeil, des joies nocturnes de l’endormissement

  • Insomnie et angoisse nocturne
  • Somnolence professionnelle et autre assoupissement involontaire
  • Nuit blanche ou grise ou de caresse et d’envoutement
  • Paupières lourdes et traumatisme cauchemardesque
  • Quête de calme et de repos
  • Quête amoureuse …

Tarif et conditions d’utilisation de l’expertise de la déesse du sommeil et des sauts de lit

Comme pour toutes les divinités de la Chapelle du Fond du Parc de la Citadelle du Ty Pouèt, le recours à l’expertise d’une déesse vous oblige à vous plier à des prières bien spécifiques ; ainsi, pour avoir toute l’attention de Hypnotica, il vous faudra réciter dans une chambre d’hôtel, ou face à la maison de retraite municipale, ou entre deux arbres ou pourrait être tendu un hamac si vous êtes paumé grave, à 5 reprises et à voix haute, le psaume suivant, dit Psaume aux Anges Disjonctés :

Garde des cieux et des dimanches
lampe tempête ou bougie malicieuse
éveille en nous pauvres dormants
la danse des anges qui se déhanchent
Dernière prière envoyée à Hypnotica (en cours d’expérimentation clinique)

• Du Père Syffleur
J’ai testé la valériane en gellule, le sédatif pc, les tisanes à base d’aubépine, de pavot, de tilleul et j’en passe, l’hypnose en écoutant France Culture en soirée… alors je l’avoue, pourquoi pas votre pouvoir céleste, Hypnotica… merci de donner à mes nuits mon ronflement qu’elles méritent !

Habilitations de la déesse du sommeil, de la nuit et des insomnies

Le Père Edgard pianiste défroqué

Maître du café concert du Goéland Aphone

Aumônier de la Chapelle de Notre-Dame d’Espérance, le père Edgard a été un père à bien des égards : prêtre à l’église, animateur à sa chorale, confesseur des familles les plus pratiquantes ; les mauvaises langues vous diront que le père Edgard fut aussi le géniteur de plusieurs rejetons inattendus dans le quartier.

S’il faut bien se méfier des rumeurs, celle de son intimité croissante avec des mères de famille quelque peu délaissées par des maris trop occupés par la bourse et d’autres affaires, aura fini par lui attirer les foudres de l’archevêché et l’attention outragée des journaux conservateurs locaux.

Ainsi le prêtre Edgard fut-il défroqué une veille de Noël, dans un contexte d’excès de nativité.

Ce qui sembla libérer en lui une puissance innovatrice insoupçonnée : il créa avant même la galette des rois le bar café concert du Goéland Aphone, en y embauchant (débauchant, selon leurs parents) des jeunes qu’il suivait en catéchisme, à la messe et lors des saintes sorties dominicales.

C’est dans cette démarche qu’il permit en particulier à une Annie-Christophine de Meauterfeuil de se métamorphoser en Anykiswing, chanteuse de jazz émérite, qu’il accompagne tous les soirs au piano ; de manière très très très paternelle dirons encore d’autres langues de vipère…