La chenillartilium, insecte pas sectaire

la chenillartilium : insecte pas sectaire

Comme la mante religieuse, sa lointaine cousine, la chenillartilium ne croit pas en dieu. Ni au guépard, au chat, en la mouette ou l’éléphanteau.

Ni même en elle-même.

Cet insecte n’est en fait pas sectaire : il ne croit en rien ni personne et trouve en cet espace de totale athéisme le cocon propice à sa réflexion quotidienne.
Parce que chacun peut facilement savoir combien la chenillartilium passe de temps à cogiter en observant simplement la légère luminosité que génère son abdomen quand elle se secoue les méninges, exclusivement dans son environnement naturel (cet animal ne survit jamais plus deux minutes en situation de confinement). Il ne se passe pas une heure sans que la chenillartilium n’émette cette lumière rose violacée, qui en définitive participe à attirer inéluctablement ses principaux prédateurs, oiseaux et reptiles, tous fanatisés par on ne sait quelle divinité, du moins est-ce ainsi qu’elle les perçoit avant de mourir dans leurs gosiers. Alors seulement cessent-elles de penser, irrémédiablement.

Pour une créature qui semble si bien savoir gamberger, ce n’est pas bien malin de s’illuminer de la sorte du soir au matin, me direz-vous. Eh bien vous avez raison, c’est stupide et bien peu digne d’un être capable d’intelligence et de raison. Un peu comme l’homme : pas une seconde sans chercher à briller plus que ses voisins, et prêt à tout pour écraser son prochain.

À ne pas croire en soi on se perd dans le néant des autres, disait Polynéoprène, qui vécut 17 heures 37 minutes et 28 secondes, et se vit de ce fait décerner le titre de doyen des chenillartiliums sur la terre. Un exploit.

Mais à quoi peuvent bien penser ces chenillartiliums ?
Nul ne le sait, toutes les études se trouvant confrontées à une difficulté redondante pour mener à bien les recherches : l’extrême éphémérité de vie de cette espèce.
À peine le temps d’aborder les premières hypothèses que l’animal se fait bouffer.

Ce qui, peut-être, explique son agnosticisme chronique comme son incrédulité de mécréante confirmée.

Mais cette hypothèse aussi mériterait d’être vérifiée…

© jean-marin wibaux